Martin, Kinshasa, témoin des derniers événements

Martin Kibungi est le responsable de l’association Etoile du Sud, basée à Kinshasa. Il a assisté aux affrontements opposants les milices du sénateur JP Bemba à l’armée. Pour rappel, les milices privées de l’ancien vice-président, candidat malheureux des dernières élections présidentielles, ont refusé, le 15 mars, de quitter la capitale congolaise pour s’intégrer à l’armée régulière, et ce malgré les accords réglant cette affaire. Il s’en est suivi des affrontements qui ont causé plusieurs victimes. De façon exclusive, nous publions la réaction d’un acteur de terrain, engagé dans la société civile en faveur des habitants des communes populaires de Kinshasa.

Causes des troubles

Au cours de la définition du “Programme National de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion”, il a été communiqué l’effectif de 300.000 hommes en armes présents sur le territoire congolais. Le gouvernement a prévu d’en démobiliser environ 150.000 unités, et ce selon les trois phases citées.

Après avoir signé les accords, JP Bemba se rétracte et refuse de verser ses bandes armées pour des soi-disant raisons de sécurité. Il faudra retenir que JP Bemba a occupé une fonction importante au sein du gouvernement sortant et il est sénateur après les élections législatives.

Ce dernier temps, le sénateur Bemba a commencé à tenir des propos incendiaires et injurieux à l’endroit du Chef de l’Etat ou du Chef d’Etat-major des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (RDC). Surtout qu’on s’approchait du 15 mars 2007, date butoir d’intégration de la garde rapprochée et autres combattants de l’ancien Vice-président de la République qui refusait cet ordre pour besoin de sa sécurité.

Bien au contraire, de l’avis de certains observateurs, le rang des combattants fidèles à JP Bemba grossissait au jour le jour. L’on rencontrait plus de personnes en tenue civile, mais secrètement armées.

Selon l’avis de beaucoup d’analystes, l’accident routier occasionné par Jeannot Bemba, frère au Sénateur, en date du 21 mars 2007 au niveau du Palais du Peuple contre le cortège officiel du Premier Ministre n’est pas un hasard, bien que son bureau ait minimisé cet incident que la population considère comme un acte d’attentat. Le jeudi matin, le Général Kisempia fait la ronde des lieux stratégiques et les FARDC renforcent leur position. La tension monte dans le camp des miliciens et l’après-midi a marqué le début des hostilités.

Un autre regard sur le bilan des affrontements

Nous ne nous mettons pas à contredire le bilan fourni par les officiels ou autres médias. Amis, nous voudrions plutôt insister sur les non-dits, c’est-à-dire sur la manière de combattre. D’emblée, nous voudrions signaler que les dégâts matériels et humains ont été plus importants que lors de la confrontation de deux forces au lendemain de la proclamation des résultats au premier tour des élections.

Au lieu de se vêtir en uniformes militaires qui sont stockés dans les congélateurs à la résidence du Sénateur JP Bemba, la milice lourdement armée a préféré le lingwanda (accoutrement ancestral du peuple mongala dans la province de l’Equateur) ou des habits débraillés comme si le modernisme n’était pas encore de mise pour cet homme d’Etat, de surcroît fils d’un richissime homme d’affaires congolais du régime de Mobutu.

Au cours de leur fuite, les miliciens ont abandonné des armes auprès de la population civile, en particulier des enfants de la rue, pour semer la désolation au sein des différents quartiers. Ils ont fait des incursions dans certaines maisons des communes de Lingwala, Barumbu, Kinshasa et Kingabwa en se livrant au pillage, au viol. Dans la commune de Kinshasa, une fille malade âgée de 23 ans a rendu l’âme, traumatisée par les crépitements des balles. Quelques mutins sont entrés dans la maison pour en sortir avec des appareils téléphoniques et de l’argent, malgré la présence du cadavre qui était exposé au salon en attendant son évacuation à la morgue de l’Hôpital Général de Kinshasa.

La famille de la parcelle voisine a été endeuillée par trois morts frappés par un obus dont une maman et deux enfants. La situation a été rétablie par les éléments des Forces Armées de la RDC en dépit de quelques bavures perpétrées par eux (pillage, vols). Contrairement aux éléments de la Police nationale essaimés dans les quartiers, la population a joué un rôle efficace en dénonçant auprès des autorités militaires compétentes toute présence suspecte et celle des hommes en armes.

L’armée a donc bénéficié du concours de la population, surtout dans les quartiers populaires comme ceux de Masina, Kingabwa et Kimbanseke. Mais le coût économique et social est très important : les Kinois n’ont pas pu vaquer à leurs occupations quotidiennes, les prix des denrées alimentaires a subitement flambé. Par exemple, le prix au kilo du maïs est passé de 180 francs congolais à 350 francs congolais. Beaucoup de balles perdues ont endeuillé des familles résidant dans les communes proches des lieux des affrontements.

Communauté internationale : un jeu au sapeur pompier

Aux yeux de la population, la communauté internationale obéit aux caprices de JP Bemba. L’on est étonné de constater que les éléments de la MONUC n’ont pris aucune disposition pratique, malgré le regain des tensions durant plus d’une semaine. Bien au contraire, la MONUC a intensifié sa présence touristique dans les communes populaires de Masina et Kimbanseke au lieu de dissuader la milice de JP Bemba.

Le premier jour des récents affrontements, la MONUC a déployé dix chars de combat sur le boulevard Lumumba à Masina en face de l’entrée principale de N’djili, alors que les lance-roquettes et les obus sifflaient de manière inquiétante au centre ville ! Les populations résidantes de ces communes populaires leur proféraient des injures jusqu’à leur départ suite à cette attitude passive et incompréhensible.

Pour ce qui est des propos tenus par le gouvernement belge par le canal de son Premier Ministre qui demande la négociation, la population ne comprend pas son ingérence alors que l’Union Européenne et particulièrement la Belgique ont toujours condamné l’impunité et la corruption en RD -Congo. Comment le gouvernement va-t-il s’en sortir ?

Et encore, c’est l’Union Européenne qui, après s’être totalement investie dans l’organisation des élections au Congo, va tenter de saper tous les efforts consentis ! Pourquoi, le cas Bemba, qui n’était plus rebelle, doit encore faire l’objet de négociations? Le Sénateur Bemba aurait dû faire confiance dans un premier temps à l’actuel président élu et qui a présenté un geste de réconciliation après la proclamation des résultats au second tour. Leurs femmes ont dîné ensemble, Joseph Kabila a offert à JP Bemba un message de fraternité et de cordialité dans sa résidence. Qu’a-t-il fait à son tour ? Rien que des injures.

Communauté internationale, la récréation est terminée et le peuple congolais a droit de respirer. Le processus de transition a pris fin et la troisième république n’a pas besoin de vivre des scènes qui prennent la population congolaise en otage. Si vous voulez nous aider, venez investir dans des projets sains et avec de l’argent propre au lieu de celui provenant des fruits des guerres.

intal DOOR:

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